Le départ (2002-2003) :

Pendant une soirée arrosée (lire «brosse») pour célébrer nos retrouvailles, quelque part en 2002, nous avons décidé de nous créer «le job idéal». Amoureux des voyages et de notre coin de pays, nous pensions pouvoir marquer un grand coup en produisant une bande dessinée combinant humour, anecdotes et faits historiques. Fiers de notre idée, nous nous sommes mis à la tâche de produire un album sur notre région; les Îles-de-la-Madeleine.


La machine de production en marche, il fallait donc trouver une maison d’édition pour mettre au monde ce livre tant souhaité... par nous deux, du moins. Unanimement, la réponse des éditeurs fut brutale: Pas de marché pour la BD au Québec! Au cours de ces appels, nous avons appris qu’il y avait ici, très peu d’auteurs qui se permettent de produire des BD, de type européenne, avec une couverture rigide, couleurs, etc. De plus, les chiffres qui nous étaient transmis était plutôt dissuasifs: entre 800 et 1000 albums vendus pour les vendeurs d’exception, 300-500 comme norme pour la quasi-totalité des auteurs publiés. Toujours selon les éditeurs, 1000 exemplaires vendus suffisent pour considérer une bande dessinée québécoise comme un best seller.


Ainsi, pour continuer dans ce projet, il nous a fallu mettre notre plus grande force en action, en l’occurrence, nos têtes de cochon. Voulant aller jusqu’au bout de cette histoire, nous avons décidé de produire la BD à nos frais. Vu les coûts élevés de cette démarche, nous avons usé de nos contacts pour aller chercher le financement nécessaire. Après une tournée d’appel, nous avions en banque une trentaine de partenaires prêts à nous verser un montant forfaitaire pour la production de l’album. En échange, ces derniers pouvaient annoncer leur entreprise ou organisation en bas d’une page du livre. De plus, ils devenaient un point de vente de notre réseau, nous permettant ainsi de sortir du réseau de distribution normal d’un livre. Une formule gagnant-gagnant puisque chacun a couvert leurs frais de départ et plusieurs ont même réalisé des gains substantiels avec la vente de nos albums.


À l’été 2003, nous sommes donc débarqués sur les Îles avec 2000 albums en poche et la possibilité de clamer haut et fort, que nous avions relevé le défi de produire un livre pour faire rire nos amis. Avec une telle quantité, nous étions persuadés pouvoir fournir la demande pour une dizaine d’années. Après un lancement 5 à 7 au bar du coin - il fallait bien se faire plaisir après tant de travail, nous sommes allés déposer les livres en consignation chez nos partenaires. À notre très grande surprise, même encore aujourd’hui, les 2000 copies trouvèrent preneur dans l’espace de 10 jours. Nous avons du réimprimer en catastrophe un autre 2000 copies ce qui laissa notre imprimeur pantois. «Comment deux gars des Îles, qui vendent juste aux Iles, peuvent vendre 2000 albums en 10 jours alors que ça fait trente ans que j’imprime des livres et je n’ai jamais vu un tel succès?» dixit l’imprimeur. Finalement, l’été laissa place à l’automne et nous avions vendu près de 6000 livres en deux mois, ce qui forçait à conclure que c’était probablement notre «seule brosse payante de toute notre vie», dixit les auteurs.




Pour la suite des choses (2004)

Un peu farauds de ce succès au pays de nos ancêtres, nous avons voulu voir si nous pouvions répéter la démarche en terre étrangère. Nous avons appris au fil de nos discussions que le Saguenay Lac-Saint-Jean était une région souvent visée pour évaluer la viabilité d’un produit. N’écoutant que notre courage, nous avons donc décidé de créer un deuxième tome sur cette magnifique région. Un défi de taille puisque nos connaissances à ce sujet étaient plutôt limitées.


En plus de la grosse bière, le Saguenay Lac-Saint-Jean avait beaucoup à offrir. Avec la même démarche de partenariat que notre premier livre, nous sommes parvenus à trouver le financement nécessaire à l’impression de 6000 albums. Oui, 6000 livres, dans un camion loué, en terre inconnue et visant un réseau de vente totalement hors norme (épicerie fine, dépanneur, musée, restaurant, base militaire, fromagerie, réserve indienne, kiosque touristique, zoo, pour ne nommer que ceux-ci). Pari risqué, audacieux voir périlleux, mais celui-ci nous a réussi car nous avons rapidement atteint nos objectifs de vente et dû passer une nouvelle commande, au grand bonheur... de notre imprimeur, entre autres.




Un-deux-trois-quatre-cinq-six-sept, Québec! (2005)

Troisième arrêt de la série, la capitale nationale, rien de moins! Nous étions en terrain connu pour y avoir habité tout près de 10 ans pendant nos études. Néanmoins, le défi était toujours de taille. Tant de choses à faire, à voir, à découvrir. Quand on quitte Québec, c’est un peu comme lorsqu’on quitte sa première blonde. On se demande toujours un peu ce qu’elle devient. A-t-elle bien vieillie ? Engraissée ? Fait des petits ? Nous avons retrouvé Québec et nous sommes retombés en amour. Comment résister à ses charmes, son accent, ses formes et sa gentillesse ? Mais, revenir à sa première flamme, c’est aussi reprendre contact avec des petits travers déjà connus. Nous avons donc renoué avec les fameux abris à neige, notre «turn off» par excellence… sans grandes conséquences, par contre, puisque rapidemment, nous nous sommes rabattus sur l’histoire, les activités, l’architecture, la nourriture et la chaleur humaine qui font de Québec une ville si envoûtante.


Comme Québec est un pôle touristique de calibre international, nous avons pensé qu’une façon intéressante de faire voyager Dagobert serait de faire traduire l’album en anglais. Une idée fortement appuyée par notre réseau de distribution avide de partager ce petit produit du terroir avec leur clientèle. Ainsi, Brigitte se mis à la tâche pour traduire et surtout adapter nos petites histoires dans la langue de Shake et Britney Spears...




Pour en voir de toutes les couleurs (2006)

Prochain arrêt, la magnifique région de Charlevoix. Le succès et l’engouement de Philémond, dans cette région «haute en couleurs» confirma la popularité de notre exercice. La notoriété acquise de la collection nous a alors permis de voir pleinement le potentiel, de poursuivre notre objectif ultime soit de produire une BD pour chacune des régions touristiques du Québec.


De plus en plus, les écoles se sont intéressées à notre histoire et à nos livres. Nous avons donné quelques ateliers-conférences ici et là. De plus, un phénomène particulier se dévoilait à nous: plusieurs personnes nous ont approchés pour utiliser nos albums comme moyen de financement pour leurs activités, des voyages principalement. Ainsi, plutôt que de vendre des tablettes de chocolat, les jeunes vendaient nos livres comme moyen de financement, une formule intéressante et rentable pour tous; au lieu de prendre des livres, prenez un livre!




Une tournée, en Mauricie (2007)

Nous étions en réflexion pour le sixième tome de la collection lorsqu’une rencontre avec les gens de Tousime Mauricie éclaira notre lanterne. Ayant été mis au courant de notre démarche, ils tenaient mordicus à ce que leur région fasse l’objet d’une BD. Pour ce faire, ils déroulèrent le tapis rouge sous nos pieds.


Pour donner suite à la sortie de Stanislas, nous avons eu le plaisir de conclure avec eux, un partenariat de quatre ans pour que le personnage devienne le porte-parole officiel de la région. Couverture du guide touristique, mascotte officiel, projet télé... rien de trop beau pour notre héros!




L’année de l’Acadie (2009)

Étant tous les deux de descendance acadienne, nous avons choisi l’Acadie comme prochaine destination. Dans les faits, l’Acadie est un pays sans frontières. Après avoir écrit sur cinq région géographiques, il nous apparaît intéressant et pertinent de traiter d’une composante plus humaine, d’essayer de circonscrire une réalité qui se déroule pourtant hors de frontières physiques limitées à un seul territoire. Nous souhaitions utiliser notre bassin de lecteurs établis, éparpillés sur la planète, pour les éveiller et les sensibiliser à l’Acadie; à l’histoire acadienne, à la réalité acadienne, à la culture acadienne, aux accents acadiens, etc.


Finalement, le fait d’avoir produit un album pour l’été 2009 nous a permis de profiter d’une vitrine importante dans le cadre du Congrès mondial acadien qui se déroula du 7 au 23 août. Grâce à ce livre nous avons eu la possibilité de couvrir un sujet passionnant, de survoler un vaste territoire et d’écrire sur une population dispersée aux quatre coins du globe – la diaspora acadienne, en quelque sorte.




Et ça continue...

Depuis 2003, voilà une belle série d’aventures pour nous, les auteurs; un défi de production et de réalisation; une panoplie de découvertes fascinantes; des nuits blanches; des voyages; des amitiés sincères; du stress; des sourires; une fierté; une douce revanche... Et dire qu’à nos débuts les gens du milieu nous disaient qu’il n’y avait pratiquement aucun avenir pour la BD au Québec.